Marie-Laetitia a accepté de témoigner pour la première fois concernant sa maladie, l'anorexie. Elle a pris la parole devant des journalistes et des personnalités pour aider les autres dans sons cas mais aussi pour passer un cap dans sa thérapie. Pas grand chose à dire....si ce n'est le très beau message d'espoir, ce sont ses mots, son espoir!!!!
Si aujourd'hui, j'ai accepté de publier ce document, très personnel, qu'une seule personne n'avait jusqu'alors lu, c'est pour prouver aujourd'hui qu'il ne faut jamais perdre espoir.
L'anorexie est un mal horrible, qui vous tombe dessus un jour sans savoir comment, ni pourquoi, qui s'infiltre en vous, qui vous ronge de l'intérieur et vous détruit, vous et votre entourage. Si je parle aujourd'hui, si je ressasse tous ces souvenirs douloureux, c'est parce j'en ressens le besoin. Pour moi, certes, car je ne suis pas encore tout à fait guérie, mais aussi pour toutes celles qui comme moi, sont en train de souffrir par honte ou par culpabilité. J'ai menti pendant deux ans, je suis passée à côté de choses formidables, par simple peur de parler.
Mais croyez-moi parler est une délivrance. Dans mon parcours j'ai eu la chance d'être entourée par des personnes qui, à cause de moi ont beaucoup souffert, mais qui ne m'ont jamais abandonnée et qui m'ont toujours soutenue. Si je commence à « revivre » aujourd'hui, à profiter de chaque instant, à redécouvrir le monde et ses plaisirs, c'est grâce à toutes ces personnes, que je ne saurais jamais assez remercier.
Oui aujourd'hui, moi aussi j'ai peur : peur du regard des autres après ce témoignage, peur d'être jugée, peur des conséquences...mais là n'est pas le plus important. Il est temps de lever le voile, temps de parler de cette maladie si tabou, temps d'informer, d'aider les parents souvent désarmés face à ce monstre qu'est l'anorexie.
Mais aujourd'hui, je suis la preuve, qu'il est possible d'affronter ce monstre si effrayant. Seulement il faut d'abord le vouloir et ensuite avoir des armes pour lutter. Certes, le chemin est long, pénible, parsemé d'embûches et de larmes, mais la vie, l'amour, la joie, la famille ne valent-ils pas le coup de se battre ?
Croyez moi la vie est un don... Profitez-en, vivez sans réfléchir, sans avoir peur du regard des autres. Restez vous en toutes circonstances et surtout parlez...
J'espère que ce témoignage pourra apporter autant que certaines personnes ont pu m'apporter et faire revivre l'espoir chez certaines. Là est mon plus grand souhait et la meilleure des thérapies...
Marie Laetitia
Lettre à un ami....
Avant de commencer, je voudrais que tu saches qu'il m'a fallu plus d'un mois pour pouvoir t'écrire cette lettre. Cette dernière relève d'un simple besoin de ma part, de te dire des choses, que, par manque de courage, de confiance ou de recul ou par simple honte, je n'ai jamais osé te dire, des choses très personnelles que j'ai toujours voulu garder mais que aujourd'hui j'ai besoin de te révéler. Chaque mot a été pesé et choisi pour éviter les incompréhensions et les mal-entendus mais surtout pour pouvoir traduire ce que mon cœur ressent. Je vais pour la première fois me livrer totalement à cœur ouvert et en assumant aujourd'hui la teneur de mes propos.
Ce n'est pas facile pour moi car hormis ma famille personne n'était officiellement au courant. Si je dis officiellement, c'est que pour moi il a été très difficile d'admettre ce que officieusement tout le monde pensait, particulièrement toi. Car si jamais nous n'avons réellement abordé le sujet, je suis persuadée au fond de moi, que tu savais mais que jamais tu n'as parlé.
Tu es arrivé à une période de ma vie que j'aimerais pouvoir effacer. En octobre, je sortais d'un été galère, tu le sais. Je t'ai expliqué les chutes de magnésium... mais cela n'était qu'une partie de la vérité. Mon cœur se serre quand je t'écris ces mots et je t'assure que parler de tout ça me coûte mais il est très important pour moi que je sois aujourd'hui sincère. Comme je te l'ai souvent expliqué ma vie avant était très différente, remplie de dynamisme, de sport et de rire. En arrivant à XX, j'avais intégré l'école de mes rêves et l'association de mes rêves : le bureau des sports. J'avais tout pour être heureuse : des copains géniaux avec qui je m'éclatais, des ambitions et des rêves plein la tête, une famille et des parents géniaux, une vie de rêve et de liberté dans cette nouvelle ville après deux ans de travail, à bosser en prépa et à pleurer pour y arriver.
Tout s'enchaînait : matchs de hand, soirées, restos... et tout me réussissait. Sans vraiment bosser je finissais dans les premières de ma promo, nous avons remporté la meilleure mission en entreprise, j'entraînais des garçons avec qui nous avons gagné le carré d'as, sans me vanter, j'étais la meilleure joueuse de hand de l'école. Je connaissais tout le monde de par le bureau et pour la première fois les sports collectifs étaient confiés à une fille. Pas toujours facile de s'imposer dans une équipe de rugby ou de foot quand on est une fille. Mais je n'ai jamais lâché et tout s'est progressivement mis en place : mon travail était reconnu et pour tout le monde y compris le corps professoral et administratif ; j'étais la future première présidente du Bureau des Sports. Mais en février, ma vie a pris un tournant que je n'ai pas su gérer, ni anticiper.
Après ma rupture avec XXXX que je t'ai déjà expliquée, j'étais comme devenue deux personnes : une Marie et une Laetitia. Il y avait Marie, toujours souriante, dynamique à qui tout réussissait à l'école, qui avait confiance en elle et tout et tout...et puis il y a eu Laetitia, qui une fois dans sa voiture sur le parking commençait à pleurer sans raison particulière, une Laetitia déprimée, sans repère ; qui ne se sentait bien nulle part, qui ne voulait révéler à personne que quelque chose n'allait pas. Les choses s'enchaînaient, les jours passaient et peu à peu j'avais la sensation que ma vie m'échappait et qu'elle ne prenait pas la direction que je voulais.
Tout ce que je faisais ne me ressemblait pas, agir sans réfléchir puis regretter, faire une école de commerce alors que mon seul rêve était de faire le STAPS, la peur de décevoir mes parents qui avaient sacrifié beaucoup de choses pour moi, la sensation et l'incertitude de savoir ce que réellement je désirais.
Et puis les premiers malaises et les crises d'angoisse apparurent. Je mettais tout cela sur le compte de la fatigue et n'en ai jamais parlé. Mais ce que je ne remarquais pas c'était que ce mal être m'empêchait de manger.
Je commençais à sauter inconsciemment les repas.
Par dessus, je me sentais si mal que j'avais décidé de maigrir croyant que mon malaise venait de là.
Et le cercle a commencé : personne ne voyait rien, je remontais chez mes parents toujours heureuse, fière de raconter ma vie d'étudiante, racontant que tout allait au mieux. A l'école, de même. Mais personne ne voyait que je maigrissais à vue d'oeil et que j'étais rongée de l'intérieur. Puis arriva Juillet où je partis en Corse pour travailler dans un hôtel.
Je passais mon temps dans la voiture entre la maison et le boulot à pleurer, attendant que mes yeux dérougissent pour rentrer à la maison, ne mangeant rien qu'une demi courgette par jour, prétextant toujours que je mangeais à l'hôtel. Mais à force de tirer sur la corde, faisant un travail assez physique me fatigant à l'hôtel ce qui devait arriver arriva. Première grosse crise de spasmophilie et de tétanie, ne pouvant plus respirer, 8 de tension, des membres paralysés. Bien que tout le monde sur place s'inquiétait, je clamais haut et fort que j'étais normale, qu'il n'y avait aucun problème, refusant de voir le médecin...
Et puis les crises s'enchaînèrent, j'étais forcée de démissionner étant devenue un vrai légume incapable de se lever ni même de garder les yeux ouverts. Résultats : un rapatriement express sur paris chez un spécialiste de la spasmophilie. Et là la réalité m'explosa aux yeux : dépression et anorexie.
Difficile pour moi d'assumer deux maladies que je ne pensais jamais pouvoir avoir, moi qui avais toujours été sportive, dynamique...Retour en Corse où tout s'empira : affronter le regard des autres et de mes parents était une torture pour moi. J'avais tellement honte que j'avais fait jurer à mère de ne rien dire pas même à mon père. J'essayais en vain de cacher tout cela puisant au fond de mes ressources. Mais les gens n'étaient pas dupes : on ne perd pas 12 kg en six mois. J'étais devenue un véritable légume, effrayée à l'idée d'avaler quoique ce soit, vomissant à la prise de chaque aliment. Je passais ainsi l'été entre piqûres, lits, et crises voyant tout le monde inquiet et effrayé par l'ampleur de ces crises.
Jusqu'au jour où ne pesant plus que 41 kg, j'ai fait une grosse crise qui contrairement aux autres qui ne duraient qu'une heure après avoir fait une piqûre, dura deux jours entiers et où vraiment j'ai cru que jamais je ne m'en sortirais, on proposa à mes parents de m'hospitaliser.
On m'emmena à l'hôpital avec des filles qui ne faisaient que 34 kg, tout marchait par contrat de poids, visite interdite, deux douches par semaine, plus d'école, plus de Bureau des Sports.
Mais inconsciente de mon état, je refusais obstinément de signer l'adhésion et comme j'étais majeure, mes parents de pouvaient rien faire. Je rentrais donc à l'arbresle, où tout le monde essaya de me raisonner.
Mais je n'avais qu'une envie : retourner dans ma ville d'étudiante seule, loin de tous ces regards, persuadée que reprendre les cours et le bureau était la meilleure des thérapies. Alors je recommençais à mentir, me forçant à manger pour avoir assez de forces pour pouvoir rentrer chez moi.
Et puis il y a eu ces piqûres « magiques » : du magnésium qui en deux jours me remirent à peu près sur pied et qui me permettaient de tenir la journée.
En accord avec l'hôpital, promettant de respecter un plan alimentaire et de toujours dire la vérité, promettant de rentrer tous les vendredis et de ne faire qu'une demi-journée par jour, je regagnais ma ville. Seule l'école était au courant. Mon absence le jour de la rentrée et les deux semaines qui suivirent fut expliquée à tout le monde comme des chutes de magnésium. Seule la situation fut expliquée à ma co-locataire.
Mes parents et moi lui avons expliqué comment gérer les crises, quels étaient les médicaments à prendre... Mais contrairement à ce que je pensais, la situation s'empirait et je refusais d'admettre et de reconnaître ma maladie car j'avais honte. Je rentrais directement à la maison, me coupant peu à peu de toute vie sociale, n'ayant plus confiance en moi, pleurant et pleurant toujours, culpabilisant par rapport à ma famille inquiète, peu à peu consciente de mes limites, continuant de jouer ce double jeu.
Et puis tu es arrivé dans ma vie. J'avais le droit de ne pas aller à la soirée du bds. Mais mulane que je suis, je ne lâchais toujours pas : le soir de notre rencontre j'ai appelé l'infirmière et demandé une piqûre le matin et le soir avant la pour pouvoir aller à cette soirée. J'étais boostée, euphorique pour pouvoir aller à cette soirée. Tout redevenait comme avant. Et puis tu es entré dans ma vie et notre histoire a commencé : je ne comprenais pas comment toi tu pouvais sortir avec moi, refusant d'admettre peut-être pour me protéger, les sentiments qui naissaient pour toi. Mais tout de suite tu as lu en moi comme dans un livre ouvert.
Peu à peu tu gagnas ma confiance. Je n'avais pas besoin de parler pour que tu me comprennes. Jamais tu ne m'as jugée contrairement à tous les autres et par étapes tu a su me faire remanger. Je me rappelle encore que je ne mangeais que des petits pots au début et qu'avec toi j'ai remangé des pâtes...! Cette semaine de noël chez toi, dans ta famille fut comme une renaissance pour moi. Je t'avoue qu'un quart d'heure avant que tu n'arrives, je disais à ma mère que jamais je n'y arriverais : les repas familiaux, le fait de ne pas gérer ma bouffe me stressait et entraînait les piqûres de magnésium et tout le cercle. D'ailleurs j'étais tellement mal que j'ai dormi tout le chemin aller. Et encore une fois tu a été là, sans jamais rien dire, tu me sortais des situations encombrantes, me servant toi et pas les autres...Et puis il y a eu l'épisode Dijon, où mes parents me forcèrent à signer. Mais si j'ai signé ce n'était uniquement que pour toi, car c'était toi qui m'avais convaincue et pas tous ces beaux discours. Et puis les lits n'étant pas disponibles, je me suis battue seule enfin avec toi. Tu m'as redonné confiance, ne me jugeant jamais, me faisant redécouvrir les plaisirs simples de la vie et pour la première fois ce que c'était que le véritable amour, accepter une personne comme elle est, avec ses défauts et ses qualités, réapprendre à donner et à faire confiance. Mais surtout c'est ta détermination et le calme de ton caractère que j'admirais. Alors j'essayais de tout faire pour que tu sois fière de moi et que je puisse être à la hauteur. Alors pour toi, et grâce à toi, J'ai sauté et accepté ma maladie. Je t'avoue que ton départ a été difficile mais j'ai continué à manger et à prendre sur moi. Mais avec le recul je savais au fond de moi que déjà tu m'échappais le lundi soir où je t'ai posé à la gare pour ton entretien au centre. Mais j'étais sûre que nous pourrions y arriver tellement tout était naturel avec toi. Si les premiers temps furent difficiles, cette semaine ce week-end ensemble me rassurèrent. Et je ne te cache pas qu'en te voyant avec ton petit neveu, au fond de moi, je m'imaginais qu'un jour aussi nous aurions peut-être notre appartement et notre petit xxx à nous. Pas tout de suite bien sûr, je te rassure, mais dans le futur... Et puis il y a eu cet été et ces incertitudes. Je t'en ai beaucoup voulu car je ne comprenais pas ton attitude : refuser de parler, agir comme un gamin de 14 ans par texto ne te ressemblait pas, toi qui avais toujours été si honnête, si direct. Je te connaissais et savais pertinemment que quelque chose n'allait pas mais encore une fois je refusais de voir la vérité : toi dans une ville, moi dans une autre. Je n'ai jamais douté de toi, ni de tes sentiments et je comprends aujourd'hui peut-être ton attitude : pas facile avec ma sensibilité de dire les choses, la distance et l'absence renforçant ce doute et mon attitude « offensive » qui peut-être t'a effrayé.
Mais si je t'écris tout ceci aujourd'hui, ce n'est pas pour te juger ou chercher à comprendre cette partie de toi si mystérieuse que parfois je captais comme la première fois où tu m'as emmenée au bord d'un bassin, mais pour te remercier.
Grâce à toi j'ai ouvert les yeux. Je voulais te faire la surprise : à paris j'ai entrepris un régime avec un spécialiste et une équipe spécialisée dans les troubles du comportements alimentaires avec un vrai régime. Aujourd'hui je remange de tout (même des paninis !) et presque normalement, le chemin est long mais je suis bien déterminée à m'en sortir. C'est vrai que j'ai failli tout arrêter le 15 août car ma seule motivation c'était toi. J'ai reperdu 3 kg. Mais avec le recul, j'ai compris ce que tu avais voulu dire en disant « c'est la vie ». Certes c'est dur mais je ne peux pas rester une petite crevette toute ma vie. Je suis déterminée à me retrouver et cette lettre est une première étape pour moi : avouer et reconnaître mes maladies, en parler, ne plus avoir honte.
Je n'attends rien de toi, ni de réponse, ni de pitié ou autre. Mais j'aimerais que tu restes un peu dans ma vie en gardant une place particulière que je te laisse libre de choisir. Ce serait mentir que de dire que tu ne manques pas, qu'il n'y a pas un jour où je ne pense à toi, que je dors toujours avec Lulu et que j'ai tout gardé de toi même ton bouquet de fleurs, et que le petit singe que tu m'as offert est sur ma table à Paris. Mais je pense que le temps fera le reste. Et peut-être qu'un jour nous nous retrouverons. En tous cas, je te souhaite vraiment de trouver celle qui pourra t'apporter autant que tu as pu m'apporter car tu es un être exceptionnel, au sens d'unique dans ton genre.
Aujourd'hui, je vais m'en sortir pour moi et j'espère pouvoir te montrer bientôt une Marie-Laetitia en pleine forme et en pleine santé qui pourra t'inviter au restaurant sans aucun problème.
Voilà je crois que j'ai tout dit. Pourquoi maintenant et pas avant ? Je ne sais pas. J'ai souvent dit que tu étais mon « petit trésor », un trésor que je n'ai su garder certes mais qui m'a permis d'être cendrillon pendant dix mois. Et pour cela je te remercie encore.
Je n'ai vraiment aucune arrière pensée mais j'aimerais que l'on reste en contact et qui sait que vous pourrez venir à paris pour manger du nougat pai-pai, car tu es la première personne avec qui j'ai pu être moi et cela est très important à mes yeux.
Je te laisse en te souhaitant les plus belles choses possibles. Fais attention à toi.
Je t'embrasse tendrement
Marie
Marie-Laetitia a passé hier la barre des 48 kg, grand challenge dont elle était très fière......
Les commentaires récents