05.05.2004

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EVA
8 rue Louis Sabourin
33200 Bordeaux

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06.01.2004

Laurence TREIL raconte

J'aimerais vous confier en quelques mots la profonde motivation qui m'a amenée à devenir vice-présidente de EVA.
Il y a 10 ans, des symptômes physiques très désagréables (maux de tête incessants, vomissements, perte de l'équilibre, de la mémoire etc...) m'ont amenée à faire quelques examens de santé, et j'ai appris qu'une vilaine tumeur grossissait rapidement dans mon cerveau. J'avais 26 ans, j'étais une accro de parachutisme, je faisais toujours des défilés, des photos et des pubs, et tout cela soudainement devenait alléatoire. J'ai traversé 4 années difficiles, j'ai été hospitalisée et opérée du cerveau, une longue lutte commençait...après des mois de traitements, une vie d'allitée dans un lit d'hôpital, l'amaigrissement, la perte de l'énergie vitale, du moral et la solitude dans la maladie, j'ai décidé de retourner vers la vie, mais j'ai eu besoin d'amis. J'ai compris que je pouvais leur demander de me tenir la main, et de me faire revivre ma passion, la chute libre. Mes amis m'ont emmenée vers des cieux bleus à l'étranger où le soleil brille en hiver, et j'ai de nouveau pris conscience de mes capacités physiques et mentales. Les 17 kilos qui me manquaient sont revenus doucement, mes forces psychologiques et physiques se sont installées durablement et se sont ancrées pour me redonner confiance. A travers l'amitié, le voyage et un challenge physique, j'ai réussi à faire de ma rémission une totale guérison.

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C'est ce que vous propose de faire pour vous notre association EVA
Elle vient vers vous qui avez traversé la maladie et les traitements, ces membres deviennent des amis et se proposent de vous enmener loin des hôpitaux vers un beau voyage et un challenge sportif, entourés de personnalités du monde du spectacle, vous allez redécouvrir ce que des mots comme "Solidarité, Amitié, force vitale, Espoir, Vie, Aventure" veulent dire, dans l'application généreuse de leurs bienfaits. cette aventure humaine, je la connais, ces bienfaits je les ai appréciés à leur juste valeur dans des moments où je me sentais vraiment seule et incapable de savoir si j'allais récupérer ne serait-ce que le dixième de mes capacités physiques. C'est ce paramètre que je veux faire entrer dans la phase de rémission de chaque personne ayant été mise à mal par une maladie ou un accident trop lourd.
Ce paramètre, c'est le "PLAISIR", ce mot galvaudé ou diabolisé, c'est surtout une sensation de bonheur et un sourire qui s'ancre dans le cerveau pour renforcer l'organisme lorsque tous les autres traitements ont été essayés. Il ne remplace pas la médecine, il est seulement INDISPENSABLE à l'être humain pour lui redonner goût à la vie, le goût de se battre et le goût des autres.
C'est avec une grande modestie mais une grande force que j'aimerais vous faire comprendre que nous avons tous besoin de cette aide à un moment donné de notre vie, et si ce n'est pas pour vous, donner pour les autres, ne serait-ce que 3 ou 5 euros chacun, si nous le faisons tous ensemble, c'est des dizaines de voyages que nous pourrons organiser pour ceux qui en ont besoin ou qui n'ont pas de moyens et qui sont seuls en sortant de l'hôpital. Merci à tous ceux qui voudront bien nous aider, et "blue sky!" comme se disent les chuteurs libres avant de quitter l'avion!"

Laurence

16.12.2003

L'Espoir selon Marie Laetitia

Lorsque Florence m’a demandé de raconter mon parcours, j ’ai cherché et cherché pour essayer de rédiger quelque chose de cohérent mais rien à faire. Aucune phrase, si belle soit elle, ne pouvait traduire ce que j’ai ressenti durant cette période de cauchemar. Alors certains mots me sont venus à l’esprit… Voilà mon parcours résumé en 6 mots.

Enfer

Car oui pendant deux ans j’ai vécu l’enfer. Angoisses, peurs, doutes, larmes…Comme si j’étais dans un trou, entourée de hautes parois. Je criais et criais mais personne ne m’entendais. J’étais rongée de l’intérieur par un mal qui me tombait dessus comme cela sans raison particulière, un mal que je n’arrivais pas à analyser…

Solitude

Car l’anorexie est un être vicieux, qui s’infiltre en vous et vous ronge de l’intérieur. Son seul but : vous isoler des autres car dans un monde où la nourriture est reine, ne pas manger fait de vous un être bizarre, anormal, monstrueux…Vous déclinez toute invitation, votre agressivité effraie et petit à petit, sans vous en rendre compte, vous perdez vos amis…Vous êtes alors encore plus seule dans votre trou, devenu de plus en plus profond…

Peurs

Et puis la peur s’installe. Peur du monde, des autres, de vous… Je ne me reconnaissais plus. Dans la glace je voyais quelqu'un : une fille triste, dont les yeux étaient gonflés et rougis par les larmes. Mais une fille grosse et squelletique à la fois… Qui étais-je ? Je ne le savais plus. Coupée en deux, tiraillée par des voix omniprésentes, je perdais peu à peu mes rêves, mes envie, mes ambitions…Jusqu’au jour où cette flamme dans mes yeux s’est éteinte. J’étais devenue une statue sans expression, qui ne vivait plus mais ne faisait que survivre à coup de piqûres de magnésium pour pouvoir se lever…

Oracle

Car un jour de crise où pour le première fois j’ai voulu tout abandonner et passer de l’autre côté de la barrière. Le déclic arriva : pour ma famille et les gens qui m’aimait, je devais sortir de cet enfer et me retrouver. Et pour la première fois je reconnue la vérité : oui, moi Marie-Laetitia j’étais anorexique. Mais plus encore, je n’avais plus honte de le dire. Reconnaître ma maladie, accepter de m’ouvrir et de parler de ce mal être qui m’envahissait était pour moi un premier pas vers la guérison. Accepter l’aide que l’on me proposait en était un second…Parler me libéra…

Invincibilité

Car une fois l’ennemi repéré, il fallait élaborer un stratagème pour le faire disparaître. Certes la bataille fut rude, longue, épuisante, marquée par les crises et les larmes. Mais nous avons lutté, mon entourage et moi, pour ne jamais perdre de vue notre objectif : la guérison. Abandonner mes habitudes, apprendre à refaire confiance à la nourriture, ne plus culpabiliser mais savourer et apprécier, autant d’étapes qui semblaient anodines mais qui furent pour moi de véritables combats.

Renaissance

Car aujourd’hui je revis…Je profite de chaque moment, de chaque seconde de la vie. Je redécouvre les goûts et les sensations. Croyez moi la vie est un don, un trésor qu’il faut préserver. Le bonheur est fait de petites choses et maintenant je réalise que moi aussi j’ai le droit à ce bonheur.

Ces mots retracent mon histoire. Mais si l’on associe chaque première lettre de chacun de ces mots, un mot apparaît : ESPOIR. Je suis la preuve vivante qu’il ne faut jamais perdre l’espoir d’un jour, pouvoir vous en sortir. Certes le chemin est long, parsemé d’embûches et de larmes, mais la guérison et toujours possible. Il faut se battre, lutter contre la maladie, accepter l’aide que l’on vous tend… La vie est une chose merveilleuse, que nul n’a le droit de vous retirer…Battez vous, défendez votre vie comme un trésor, une pierre précieuse qui vous appartiens à vous et à vous seuls…

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13.11.2003

Marc Raquil, Leslie Djhone et Samuel Le Bihan témoignent

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"Ayant vécu dans mon entourage les ravages et les souffrances de la maladie, je suis particulièrement touché par les gens qui souffrent et si je peux aider à redonner la pêche et le goût de se battre à des personnes, je serai heureux. S’ouvrir vers les autres est toujours très intéressant. Je vais aider EVA et suivre aussi Marie-Laetitia pour la motiver et la soutenir"

Marc Raquil

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"Je suis très fier d’être la parrain de cet événement là parce que Marie Laetitia m’a beaucoup ému par son parcours et c’est vrai que nous ne voyons pas tout ça de l’extérieur parce qu’on est pris dans notre monde. On n’a pas conscience forcément de ce que les gens endurent et on a à apprendre d’elle et de son expérience comme elle a à apprendre de nous.

Si tout le monde met un peu son grain de sel dans EVA, dans quelques années l’association sera très importante et et j’espère. Moi je suis partant pour suivre EVA sur le long terme dans le sens où ce qu’ils font c’est vraiment touchant".

Leslie Djhone

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"Oui je pense que le sport ou l’activité liée directement à une reconstruction, c’est important. Moi le sport m’a toujours beaucoup aidé à m’équilibrer, à me retrouver, à ne pas baisser les bras, à me renforcer dans les moments difficiles. Profondément je crois que c’est une bonne idée, à travers le challenge, le défi sportif, l’échange d’aller vers ceux qui en ont le plus besoin.

Avec les Amis D’EVA on va aider l’association à trouver des moyens. Moi je ne me sens pas l’âme d’un confident. Mon job c’est d’être acteur mais on a toujours moyen d’aider les autres. En tout cas à travers l’association c’est une façon de guider ces jeunes, d’être là en partageant des moments au Canada ou ailleurs peu importe dans le défi et l’aventure.

Manu Bertin inventeur du Kite Surf, ancien champion du monde de Wind Surf à qui j’ai parlé de l’association serait prêt à organiser quelque chose avec EVA pour aider lui aussi. Les gens ont besoin d’aider et de partager profondément parce qu’on a tous envie d’être entourés d’amour et donner c’est le meilleur moyen de créer un climat d’humanité.

Ce que j’aime dans la démarche d’EVA c’est sa polyvalence, le fait de pouvoir allier le challenge sportif et l’aventure en ouvrant l’action à tous les gens qui souffrent."

Samuel Le Bihan

07.11.2003

Moi, Marie Laetitia, anorexique en voie de guérison, j'ose parler pour la 1ère fois

Marie-Laetitia a accepté de témoigner pour la première fois concernant sa maladie, l'anorexie. Elle a pris la parole devant des journalistes et des personnalités pour aider les autres dans sons cas mais aussi pour passer un cap dans sa thérapie. Pas grand chose à dire....si ce n'est le très beau message d'espoir, ce sont ses mots, son espoir!!!!

Si aujourd'hui, j'ai accepté de publier ce document, très personnel, qu'une seule personne n'avait jusqu'alors lu, c'est pour prouver aujourd'hui qu'il ne faut jamais perdre espoir.

L'anorexie est un mal horrible, qui vous tombe dessus un jour sans savoir comment, ni pourquoi, qui s'infiltre en vous, qui vous ronge de l'intérieur et vous détruit, vous et votre entourage. Si je parle aujourd'hui, si je ressasse tous ces souvenirs douloureux, c'est parce j'en ressens le besoin. Pour moi, certes, car je ne suis pas encore tout à fait guérie, mais aussi pour toutes celles qui comme moi, sont en train de souffrir par honte ou par culpabilité. J'ai menti pendant deux ans, je suis passée à côté de choses formidables, par simple peur de parler.

Mais croyez-moi parler est une délivrance. Dans mon parcours j'ai eu la chance d'être entourée par des personnes qui, à cause de moi ont beaucoup souffert, mais qui ne m'ont jamais abandonnée et qui m'ont toujours soutenue. Si je commence à « revivre » aujourd'hui, à profiter de chaque instant, à redécouvrir le monde et ses plaisirs, c'est grâce à toutes ces personnes, que je ne saurais jamais assez remercier.

Oui aujourd'hui, moi aussi j'ai peur : peur du regard des autres après ce témoignage, peur d'être jugée, peur des conséquences...mais là n'est pas le plus important. Il est temps de lever le voile, temps de parler de cette maladie si tabou, temps d'informer, d'aider les parents souvent désarmés face à ce monstre qu'est l'anorexie.

Mais aujourd'hui, je suis la preuve, qu'il est possible d'affronter ce monstre si effrayant. Seulement il faut d'abord le vouloir et ensuite avoir des armes pour lutter. Certes, le chemin est long, pénible, parsemé d'embûches et de larmes, mais la vie, l'amour, la joie, la famille ne valent-ils pas le coup de se battre ?

Croyez moi la vie est un don... Profitez-en, vivez sans réfléchir, sans avoir peur du regard des autres. Restez vous en toutes circonstances et surtout parlez...

J'espère que ce témoignage pourra apporter autant que certaines personnes ont pu m'apporter et faire revivre l'espoir chez certaines. Là est mon plus grand souhait et la meilleure des thérapies...

Marie Laetitia


Lettre à un ami....

Avant de commencer, je voudrais que tu saches qu'il m'a fallu plus d'un mois pour pouvoir t'écrire cette lettre. Cette dernière relève d'un simple besoin de ma part, de te dire des choses, que, par manque de courage, de confiance ou de recul ou par simple honte, je n'ai jamais osé te dire, des choses très personnelles que j'ai toujours voulu garder mais que aujourd'hui j'ai besoin de te révéler. Chaque mot a été pesé et choisi pour éviter les incompréhensions et les mal-entendus mais surtout pour pouvoir traduire ce que mon cœur ressent. Je vais pour la première fois me livrer totalement à cœur ouvert et en assumant aujourd'hui la teneur de mes propos.

Ce n'est pas facile pour moi car hormis ma famille personne n'était officiellement au courant. Si je dis officiellement, c'est que pour moi il a été très difficile d'admettre ce que officieusement tout le monde pensait, particulièrement toi. Car si jamais nous n'avons réellement abordé le sujet, je suis persuadée au fond de moi, que tu savais mais que jamais tu n'as parlé.
Tu es arrivé à une période de ma vie que j'aimerais pouvoir effacer. En octobre, je sortais d'un été galère, tu le sais. Je t'ai expliqué les chutes de magnésium... mais cela n'était qu'une partie de la vérité. Mon cœur se serre quand je t'écris ces mots et je t'assure que parler de tout ça me coûte mais il est très important pour moi que je sois aujourd'hui sincère. Comme je te l'ai souvent expliqué ma vie avant était très différente, remplie de dynamisme, de sport et de rire. En arrivant à XX, j'avais intégré l'école de mes rêves et l'association de mes rêves : le bureau des sports. J'avais tout pour être heureuse : des copains géniaux avec qui je m'éclatais, des ambitions et des rêves plein la tête, une famille et des parents géniaux, une vie de rêve et de liberté dans cette nouvelle ville après deux ans de travail, à bosser en prépa et à pleurer pour y arriver.

Tout s'enchaînait : matchs de hand, soirées, restos... et tout me réussissait. Sans vraiment bosser je finissais dans les premières de ma promo, nous avons remporté la meilleure mission en entreprise, j'entraînais des garçons avec qui nous avons gagné le carré d'as, sans me vanter, j'étais la meilleure joueuse de hand de l'école. Je connaissais tout le monde de par le bureau et pour la première fois les sports collectifs étaient confiés à une fille. Pas toujours facile de s'imposer dans une équipe de rugby ou de foot quand on est une fille. Mais je n'ai jamais lâché et tout s'est progressivement mis en place : mon travail était reconnu et pour tout le monde y compris le corps professoral et administratif ; j'étais la future première présidente du Bureau des Sports. Mais en février, ma vie a pris un tournant que je n'ai pas su gérer, ni anticiper.
Après ma rupture avec XXXX que je t'ai déjà expliquée, j'étais comme devenue deux personnes : une Marie et une Laetitia. Il y avait Marie, toujours souriante, dynamique à qui tout réussissait à l'école, qui avait confiance en elle et tout et tout...et puis il y a eu Laetitia, qui une fois dans sa voiture sur le parking commençait à pleurer sans raison particulière, une Laetitia déprimée, sans repère ; qui ne se sentait bien nulle part, qui ne voulait révéler à personne que quelque chose n'allait pas. Les choses s'enchaînaient, les jours passaient et peu à peu j'avais la sensation que ma vie m'échappait et qu'elle ne prenait pas la direction que je voulais.
Tout ce que je faisais ne me ressemblait pas, agir sans réfléchir puis regretter, faire une école de commerce alors que mon seul rêve était de faire le STAPS, la peur de décevoir mes parents qui avaient sacrifié beaucoup de choses pour moi, la sensation et l'incertitude de savoir ce que réellement je désirais.

Et puis les premiers malaises et les crises d'angoisse apparurent. Je mettais tout cela sur le compte de la fatigue et n'en ai jamais parlé. Mais ce que je ne remarquais pas c'était que ce mal être m'empêchait de manger.

Je commençais à sauter inconsciemment les repas.
Par dessus, je me sentais si mal que j'avais décidé de maigrir croyant que mon malaise venait de là.

Et le cercle a commencé : personne ne voyait rien, je remontais chez mes parents toujours heureuse, fière de raconter ma vie d'étudiante, racontant que tout allait au mieux. A l'école, de même. Mais personne ne voyait que je maigrissais à vue d'oeil et que j'étais rongée de l'intérieur. Puis arriva Juillet où je partis en Corse pour travailler dans un hôtel.

Je passais mon temps dans la voiture entre la maison et le boulot à pleurer, attendant que mes yeux dérougissent pour rentrer à la maison, ne mangeant rien qu'une demi courgette par jour, prétextant toujours que je mangeais à l'hôtel. Mais à force de tirer sur la corde, faisant un travail assez physique me fatigant à l'hôtel ce qui devait arriver arriva. Première grosse crise de spasmophilie et de tétanie, ne pouvant plus respirer, 8 de tension, des membres paralysés. Bien que tout le monde sur place s'inquiétait, je clamais haut et fort que j'étais normale, qu'il n'y avait aucun problème, refusant de voir le médecin...

Et puis les crises s'enchaînèrent, j'étais forcée de démissionner étant devenue un vrai légume incapable de se lever ni même de garder les yeux ouverts. Résultats : un rapatriement express sur paris chez un spécialiste de la spasmophilie. Et là la réalité m'explosa aux yeux : dépression et anorexie.

Difficile pour moi d'assumer deux maladies que je ne pensais jamais pouvoir avoir, moi qui avais toujours été sportive, dynamique...Retour en Corse où tout s'empira : affronter le regard des autres et de mes parents était une torture pour moi. J'avais tellement honte que j'avais fait jurer à mère de ne rien dire pas même à mon père. J'essayais en vain de cacher tout cela puisant au fond de mes ressources. Mais les gens n'étaient pas dupes : on ne perd pas 12 kg en six mois. J'étais devenue un véritable légume, effrayée à l'idée d'avaler quoique ce soit, vomissant à la prise de chaque aliment. Je passais ainsi l'été entre piqûres, lits, et crises voyant tout le monde inquiet et effrayé par l'ampleur de ces crises.

Jusqu'au jour où ne pesant plus que 41 kg, j'ai fait une grosse crise qui contrairement aux autres qui ne duraient qu'une heure après avoir fait une piqûre, dura deux jours entiers et où vraiment j'ai cru que jamais je ne m'en sortirais, on proposa à mes parents de m'hospitaliser.

On m'emmena à l'hôpital avec des filles qui ne faisaient que 34 kg, tout marchait par contrat de poids, visite interdite, deux douches par semaine, plus d'école, plus de Bureau des Sports.

Mais inconsciente de mon état, je refusais obstinément de signer l'adhésion et comme j'étais majeure, mes parents de pouvaient rien faire. Je rentrais donc à l'arbresle, où tout le monde essaya de me raisonner.

Mais je n'avais qu'une envie : retourner dans ma ville d'étudiante seule, loin de tous ces regards, persuadée que reprendre les cours et le bureau était la meilleure des thérapies. Alors je recommençais à mentir, me forçant à manger pour avoir assez de forces pour pouvoir rentrer chez moi.

Et puis il y a eu ces piqûres « magiques » : du magnésium qui en deux jours me remirent à peu près sur pied et qui me permettaient de tenir la journée.

En accord avec l'hôpital, promettant de respecter un plan alimentaire et de toujours dire la vérité, promettant de rentrer tous les vendredis et de ne faire qu'une demi-journée par jour, je regagnais ma ville. Seule l'école était au courant. Mon absence le jour de la rentrée et les deux semaines qui suivirent fut expliquée à tout le monde comme des chutes de magnésium. Seule la situation fut expliquée à ma co-locataire.

Mes parents et moi lui avons expliqué comment gérer les crises, quels étaient les médicaments à prendre... Mais contrairement à ce que je pensais, la situation s'empirait et je refusais d'admettre et de reconnaître ma maladie car j'avais honte. Je rentrais directement à la maison, me coupant peu à peu de toute vie sociale, n'ayant plus confiance en moi, pleurant et pleurant toujours, culpabilisant par rapport à ma famille inquiète, peu à peu consciente de mes limites, continuant de jouer ce double jeu.

Et puis tu es arrivé dans ma vie. J'avais le droit de ne pas aller à la soirée du bds. Mais mulane que je suis, je ne lâchais toujours pas : le soir de notre rencontre j'ai appelé l'infirmière et demandé une piqûre le matin et le soir avant la pour pouvoir aller à cette soirée. J'étais boostée, euphorique pour pouvoir aller à cette soirée. Tout redevenait comme avant. Et puis tu es entré dans ma vie et notre histoire a commencé : je ne comprenais pas comment toi tu pouvais sortir avec moi, refusant d'admettre peut-être pour me protéger, les sentiments qui naissaient pour toi. Mais tout de suite tu as lu en moi comme dans un livre ouvert.

Peu à peu tu gagnas ma confiance. Je n'avais pas besoin de parler pour que tu me comprennes. Jamais tu ne m'as jugée contrairement à tous les autres et par étapes tu a su me faire remanger. Je me rappelle encore que je ne mangeais que des petits pots au début et qu'avec toi j'ai remangé des pâtes...! Cette semaine de noël chez toi, dans ta famille fut comme une renaissance pour moi. Je t'avoue qu'un quart d'heure avant que tu n'arrives, je disais à ma mère que jamais je n'y arriverais : les repas familiaux, le fait de ne pas gérer ma bouffe me stressait et entraînait les piqûres de magnésium et tout le cercle. D'ailleurs j'étais tellement mal que j'ai dormi tout le chemin aller. Et encore une fois tu a été là, sans jamais rien dire, tu me sortais des situations encombrantes, me servant toi et pas les autres...Et puis il y a eu l'épisode Dijon, où mes parents me forcèrent à signer. Mais si j'ai signé ce n'était uniquement que pour toi, car c'était toi qui m'avais convaincue et pas tous ces beaux discours. Et puis les lits n'étant pas disponibles, je me suis battue seule enfin avec toi. Tu m'as redonné confiance, ne me jugeant jamais, me faisant redécouvrir les plaisirs simples de la vie et pour la première fois ce que c'était que le véritable amour, accepter une personne comme elle est, avec ses défauts et ses qualités, réapprendre à donner et à faire confiance. Mais surtout c'est ta détermination et le calme de ton caractère que j'admirais. Alors j'essayais de tout faire pour que tu sois fière de moi et que je puisse être à la hauteur. Alors pour toi, et grâce à toi, J'ai sauté et accepté ma maladie. Je t'avoue que ton départ a été difficile mais j'ai continué à manger et à prendre sur moi. Mais avec le recul je savais au fond de moi que déjà tu m'échappais le lundi soir où je t'ai posé à la gare pour ton entretien au centre. Mais j'étais sûre que nous pourrions y arriver tellement tout était naturel avec toi. Si les premiers temps furent difficiles, cette semaine ce week-end ensemble me rassurèrent. Et je ne te cache pas qu'en te voyant avec ton petit neveu, au fond de moi, je m'imaginais qu'un jour aussi nous aurions peut-être notre appartement et notre petit xxx à nous. Pas tout de suite bien sûr, je te rassure, mais dans le futur... Et puis il y a eu cet été et ces incertitudes. Je t'en ai beaucoup voulu car je ne comprenais pas ton attitude : refuser de parler, agir comme un gamin de 14 ans par texto ne te ressemblait pas, toi qui avais toujours été si honnête, si direct. Je te connaissais et savais pertinemment que quelque chose n'allait pas mais encore une fois je refusais de voir la vérité : toi dans une ville, moi dans une autre. Je n'ai jamais douté de toi, ni de tes sentiments et je comprends aujourd'hui peut-être ton attitude : pas facile avec ma sensibilité de dire les choses, la distance et l'absence renforçant ce doute et mon attitude « offensive » qui peut-être t'a effrayé.

Mais si je t'écris tout ceci aujourd'hui, ce n'est pas pour te juger ou chercher à comprendre cette partie de toi si mystérieuse que parfois je captais comme la première fois où tu m'as emmenée au bord d'un bassin, mais pour te remercier.

Grâce à toi j'ai ouvert les yeux. Je voulais te faire la surprise : à paris j'ai entrepris un régime avec un spécialiste et une équipe spécialisée dans les troubles du comportements alimentaires avec un vrai régime. Aujourd'hui je remange de tout (même des paninis !) et presque normalement, le chemin est long mais je suis bien déterminée à m'en sortir. C'est vrai que j'ai failli tout arrêter le 15 août car ma seule motivation c'était toi. J'ai reperdu 3 kg. Mais avec le recul, j'ai compris ce que tu avais voulu dire en disant « c'est la vie ». Certes c'est dur mais je ne peux pas rester une petite crevette toute ma vie. Je suis déterminée à me retrouver et cette lettre est une première étape pour moi : avouer et reconnaître mes maladies, en parler, ne plus avoir honte.

Je n'attends rien de toi, ni de réponse, ni de pitié ou autre. Mais j'aimerais que tu restes un peu dans ma vie en gardant une place particulière que je te laisse libre de choisir. Ce serait mentir que de dire que tu ne manques pas, qu'il n'y a pas un jour où je ne pense à toi, que je dors toujours avec Lulu et que j'ai tout gardé de toi même ton bouquet de fleurs, et que le petit singe que tu m'as offert est sur ma table à Paris. Mais je pense que le temps fera le reste. Et peut-être qu'un jour nous nous retrouverons. En tous cas, je te souhaite vraiment de trouver celle qui pourra t'apporter autant que tu as pu m'apporter car tu es un être exceptionnel, au sens d'unique dans ton genre.

Aujourd'hui, je vais m'en sortir pour moi et j'espère pouvoir te montrer bientôt une Marie-Laetitia en pleine forme et en pleine santé qui pourra t'inviter au restaurant sans aucun problème.

Voilà je crois que j'ai tout dit. Pourquoi maintenant et pas avant ? Je ne sais pas. J'ai souvent dit que tu étais mon « petit trésor », un trésor que je n'ai su garder certes mais qui m'a permis d'être cendrillon pendant dix mois. Et pour cela je te remercie encore.

Je n'ai vraiment aucune arrière pensée mais j'aimerais que l'on reste en contact et qui sait que vous pourrez venir à paris pour manger du nougat pai-pai, car tu es la première personne avec qui j'ai pu être moi et cela est très important à mes yeux.

Je te laisse en te souhaitant les plus belles choses possibles. Fais attention à toi.

Je t'embrasse tendrement

Marie

Marie-Laetitia a passé hier la barre des 48 kg, grand challenge dont elle était très fière......


05.11.2003

Marie Laetitia a accepté de témoigner

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Cette jolie jeune fille s'appelle Marie Laetitia. Elle est anorexique sur le chemin de la guérison et a accepté pour la première fois de parler.... elle interviendra demain à la conférence de presse EVA et expliquera en quoi l'aventure, le sport et l'espoir peuvent lui apporter un soutien dans sa lutte contre la maladie! Nous publierons demain son témoignage sur ce Blog...poignant....
Marie Laetitia le fait pour les autres, pour informer, prévenir, aider les personnes dans le même cas qu'elle. Elle le fait aussi pour elle car parler, communiquer, l'aidera à s'en sortir! Elle le sait...

04.11.2003

L'aventurière de la Vie

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Laurence Treil

Ce n'est pas parce que Laurence est mon amie, ma soeur virtuelle, mon associée et la co-fondatrice de EVA Espoir Vie Aventure que je vais vous faire son éloge. C'est simplement une femme, une très belle femme, sensible, intelligente, le coeur sur la main. Le projet est né dans mon esprit mais s'est matérialisé avec elle. Elle représente l'aventurière féminine, espiègle, casse cou, dévorant la vie et aimant les gens.
Son témoignage dans EVA lors de notre conférence de presse de jeudi sera très fort, je le sais et son implication dans notre association est totale, sincère et désintéressée!!! Je suis très heureuse de partager cette aventure d'EVA avec elle mais surtout de tout mettre en oeuvre pour vous faire ressentir cette passion de la vie et de l'Espoir pour nous partageons, que nous allons partager...et faire partager...ensemble!

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Florence Calvet

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